En matière de construction, durabilité et résilience doivent aller de pair

Par Olivia Nielsen, Lucienne Cross et Leila Kabalan

Il est temps de placer le rôle des bâtiments dans le changement climatique au cœur des préoccupations. Bien qu'il soit désormais établi que les bâtiments représentent plus d'un tiers de la consommation énergétique et des émissions de carbone mondiales, il est essentiel de rappeler que résilience et durabilité sont indissociables.

Au moment de la construction d'un bâtiment, plus d'un tiers de l'énergie totale qu'il consommera a déjà été utilisée. Ceci est dû à l'importante empreinte carbone des matériaux de construction, de leur transport et du processus de construction lui-même. Une fois la construction terminée, les émissions de carbone restantes sont produites par l'exploitation quotidienne, principalement le chauffage et la climatisation. Par conséquent, privilégier la construction écologique implique également de veiller à la durabilité du bâtiment et à sa capacité à résister aux aléas climatiques croissants afin d'éviter le fardeau environnemental de sa reconstruction.

En tant que femmes travaillant dans le secteur des infrastructures, un domaine à prédominance masculine, nous savons que 90 % des bâtiments existants dans les pays développés aujourd'hui seront encore là en 2050, lorsque nos enfants seront adultes. Nous avons l'obligation d'intégrer dans nos conceptions les meilleures prévisions concernant leur futur monde : à quels types de catastrophes seront-ils confrontés et quelles infrastructures assureront leur sécurité ? La construction neuve est inévitablement destructrice pour l'environnement, pourtant moins de 1 % des bâtiments sont rénovés chaque année. Nous devons trouver des stratégies de développement durable qui incluent un suivi régulier tout au long du cycle de vie du bâtiment et la mise en œuvre d'améliorations grâce à des données plus précises.

  • Intégrer la résilience dans les structures existantes et nouvelles : les bâtiments doivent pouvoir résister à des catastrophes toujours plus fréquentes. Face à l'intensification des tempêtes, il est tout simplement impossible de reconstruire après chaque catastrophe. Il est donc impératif d'appliquer une planification et une construction adéquates dès le départ, et de procéder régulièrement à des rénovations afin de prévenir les dommages aux bâtiments existants. Une étude de la FEMA a démontré que, sur une période de 20 ans, le respect des normes de construction modernes pourrait permettre aux villes et aux comtés d'économiser 32 milliards de dollars de pertes dues aux catastrophes naturelles. De nouvelles études commencent à révéler l'impact considérable des démolitions post-catastrophe sur les émissions de CO2. Sans résilience, même le bâtiment le plus écologique peut devenir un gouffre environnemental et financier majeur.
  • Les rénovations écologiques et résilientes peuvent être rentables et inclusives : pour faire face à la crise climatique, il est essentiel de se concentrer non seulement sur les rénovations écoénergétiques, mais aussi sur les rénovations structurelles susceptibles de sauver des vies et des biens en cas de catastrophe. Si des pays développés comme le Mexique et la Colombie ont intégré la rénovation énergétique à leurs stratégies nationales de logement, les pays émergents peuvent également en bénéficier. Les ménages les plus pauvres sont souvent les plus vulnérables, mais des rénovations simples et peu coûteuses, comme l’habillage des murs avec des bandes de polypropylène, peuvent préserver les habitations et les commerces essentiels.
  • Le financement vert, les prêts hypothécaires verts et les incitations financières sont efficaces : les prêts hypothécaires verts et les subventions incitent les emprunteurs à acquérir des bâtiments écologiques ou à rénover des bâtiments existants. Par exemple, le Mivivienda Verde Bono, proposé par Fondo Mimivienda (le principal fournisseur de financement de logements abordables au Pérou), illustre parfaitement la priorité accordée à la durabilité dans l’offre de logements abordables. Les incitations fiscales doivent également être prises en compte, comme l’ exonération fiscale de 110 % offerte par le gouvernement italien pour les dépenses liées aux travaux de rénovation énergétique et parasismique.
Crédit Konbit Bibliyotek Site Soley

L’impact des bâtiments sur l’environnement est indéniable et nous n’avons plus d’autre choix que d’appliquer les solutions qui ont fait leurs preuves. Tous les nouveaux bâtiments devraient être écologiques et résilients face aux catastrophes prévisibles, tandis que les bâtiments existants devraient être rénovés afin de préserver les vies humaines et l’économie.

Heureusement, de nouveaux outils comme les EDGE et BRI de la Banque mondiale, ou l'apprentissage automatique pour identifier les logements à risque, révolutionnent le secteur en facilitant l'accès à l'information pour les décideurs et les promoteurs. De nouvelles technologies de construction sont également déployées pour réduire les coûts de rénovation et les rendre accessibles à tous.

Alors que nos villes continuent de s'étendre, nous espérons que les stratégies visant à renforcer leur résilience seront indissociables de la construction durable. Nos enfants hériteront de nos villes : veillons à ce qu'elles soient bâties pour durer !

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