JOUR 2
La nuit s'est écoulée, ponctuée de quelques heures de sommeil emplies de pensées et d'images de cette immense tragédie gravées dans nos esprits. Une pensée s'impose : en tant qu'ingénieurs parasismiques, nous devons redoubler d'efforts pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.

La deuxième journée est consacrée à la visite des dizaines de hameaux d'Amatrice, le village qui a subi les plus lourdes pertes humaines. La plupart ont été presque entièrement détruits par le séisme.
Dans nombre de ces petites communautés, nous ne rencontrons que des gens du coin qui ne veulent pas quitter leurs villages ou qui sont venus ici pour récupérer quelque chose chez eux.
À Casale, nous rencontrons un journaliste allemand qui s'enquiert des circonstances de cette destruction, ainsi qu'un agriculteur du coin, contraint de rester auprès de ses animaux. Il tient à nous décrire les instants du tremblement de terre et la peur qu'il a ressentie. Il nous confie sa détermination à résister et à ne pas quitter son village.

Tout autour, les maisons ne sont plus que ruines ; la maçonnerie non armée s’est effondrée, faute de liaison avec les planchers et les toits, ou est profondément fissurée. À San Lorenzo, nous arrivons sur la place centrale du village, entourée de bâtiments complètement écroulés ; même l’église est gravement endommagée.


Une équipe de télévision réalise un reportage en direct devant l'église. Le patrimoine historique et architectural a subi de graves dommages, notamment les églises, souvent de simples églises rurales, mais extrêmement importantes pour l'identité des lieux et de leurs habitants. Parfois, le nom du village dérive de celui du saint vénéré.
Souvent, les maisons ont été construites les unes à côté des autres, sans séparation suffisante ; il est donc difficile de les sécuriser si aucune mesure n'est prise sur l'ensemble des bâtiments mitoyens.

À Rocchetta, nous rencontrons le propriétaire d'une maison endommagée. La nuit du tremblement de terre, il était là avec sa femme et ses deux enfants. Désormais, il est le seul habitant du village et dort dans sa voiture, garée devant chez lui, pour veiller sur les lieux. Il nous fait visiter sa maison et nous demande si l'on peut y retourner en toute sécurité et s'il est possible de réparer les dégâts ou s'il faut la démolir. Voilà une façon, parmi d'autres, dont nous, ingénieurs en structure, pouvons aider les gens.

Il nous emmène ensuite faire le tour du village. L'église s'est effondrée ; seule la façade est encore debout.

Il nous raconte que son oncle a été miraculeusement sauvé de l'effondrement et que, pendant la nuit qui a suivi le tremblement de terre, les 200 à 300 habitants du village ont été dirigés vers le centre de la place, loin des bâtiments, pour attendre l'arrivée des secours.
Le deuxième jour est terminé, il est temps d'aller dormir, peut-être…


