
Traduit des notes de terrain originales espagnoles de Jesús Valdez.
J'ai commencé la journée en me rendant à nouveau dans la région de La Guaira, au camp installé par la Croix-Rouge mexicaine. La veille, nous avions mis en place le dispositif de sécurité pour l'insertion des secouristes qui tentaient de sauver M. Hernán au centre commercial Galerías Playa Grande. Agent de sécurité du parking, il était resté enseveli sous des centaines de tonnes de décombres.
L'idée était d'assurer le suivi de ce sauvetage et de me mettre à la disposition de l'ingénieur structure de l'équipe chilienne de recherche et de sauvetage en milieu urbain (USAR), puisque cette dernière avait été chargée de diriger les opérations et de gérer le poste de commandement. L'ingénieur chilien et moi-même avons convenu que la meilleure façon d'accéder au point de sauvetage était latérale, et non frontale. L'itinéraire envisagé par une autre équipe USAR risquait de se heurter à d'importants éléments structurels, notamment la dalle du parking, ce qui aurait considérablement rallongé les délais.
Lorsque nous avons présenté notre analyse technique au commandant des opérations chilien, il a été convaincu de modifier la stratégie sur-le-champ. Mon intention était d'être sur place, de procéder à une seconde inspection et de déterminer si un étaiement était nécessaire pour créer un tunnel à travers les décombres et secourir la personne.

Nous nous sommes rendus sur le lieu de travail et j'ai pu vérifier que des étaiements avaient été mis en place sur les principaux éléments structuraux, ainsi que des étaiements en bois réalisés par l'équipe américaine de recherche et de sauvetage (USAR). Ils m'ont indiqué que la structure n'avait pas subi de mouvements supplémentaires malgré sa fracture, ce qui confirmait que le point d'accès restait sûr et que les travaux pouvaient se poursuivre conformément au plan prévu.
L'ingénieur chilien étant chargé de superviser et d'appuyer l'équipe de secours, je me suis présenté au poste de commandement de la Croix-Rouge pour savoir s'ils avaient besoin de renforts. Entre-temps, j'avais localisé l'équipe de Cancún, qui m'avait demandé de me rendre sur un autre site.
Une fois libéré par l'équipe USAR de la Croix-Rouge, je me suis rendu sur la plage, où l'équipe de Cancún avait été chargée de rechercher des survivants dans un bâtiment effondré qui s'était renversé vers l'avant.

Avant de quitter le camp de la Croix-Rouge mexicaine, j'ai parcouru quelques rues bordées de maisons basses. J'ai constaté que beaucoup d'entre elles présentaient également des dégâts importants, voire des effondrements, dus à une mauvaise qualité de construction et au fait que ce type de séisme affecte particulièrement les bâtiments de faible hauteur situés près de l'épicentre. J'ai aussi observé de nombreuses maisons construites en briques non consolidées, une faiblesse qui a contribué à leur destruction lors de cette catastrophe.
À mon arrivée, j'ai constaté qu'ils effectuaient les recherches avec Muuneek, le chien de sauvetage, qui explorait plusieurs zones à l'intérieur et au-dessus des décombres sans marquer de survivants. Les voisins de l'immeuble m'ont expliqué qu'une équipe vietnamienne avait mal découpé la structure, la déstabilisant et justifiant ainsi leur départ. Ils souhaitaient maintenant proposer une nouvelle stratégie, mais l'accès des secours étant fortement compromis, leurs solutions étaient devenues irréalisables. Ils voulaient utiliser une grue pour soulever une charge cinq fois supérieure à la capacité de l'engin. Je leur ai conseillé de ne pas procéder à cette manœuvre et de trouver un moyen d'accéder aux décombres par le dessous, sans toucher à la structure.
Là, nous pouvions voir les visages découragés et désespérés des voisins, car ils juraient que quelques heures auparavant, ils avaient entendu leurs voisins piégés, et que toute manœuvre nécessitant de nombreuses heures de travail signifierait qu'ils ne seraient pas retrouvés vivants. L'équipe de secours de Cancún a signalé la situation au poste de commandement central des urgences, demandant le renfort d'une équipe lourde pour ce site, espérant pouvoir mener à bien les opérations selon la stratégie proposée avec le matériel dont disposent ces équipes.

Les conditions météorologiques extrêmes et la fatigue m'ont contraint à rentrer à Caracas, d'autant plus que j'avais déjà formé les groupes à la sécurité sur leurs lieux de travail respectifs. Je souhaitais également rencontrer l'ingénieur en structures Francisco Garcés, expert en évaluation des dommages à Caracas, avec qui j'avais convenu de partager notre expérience en la matière suite au séisme de 2017 au Mexique.
Finalement, la rencontre avec l'ingénieur Francisco Garcés n'a pas eu lieu. J'ai terminé la journée en regardant le match de la Coupe du Monde de la FIFA Mexique-Équateur dans le hall de mon hôtel, mais je ne pouvais m'empêcher de penser au sauvetage de M. Hernán. Je suis resté en contact permanent avec l'équipe de la Croix-Rouge mexicaine à La Guaira pour suivre l'évolution de la situation. Un autre jour s'est écoulé, et cette fois, le sauvetage n'a pas abouti.




